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Mis à jour le 8.03.2017 à 02:42

Haiti Ne Pleure Pas

Featured Haiti Ne Pleure Pas
HAITI…HAITI…HAITI…
 
L'homme ouvre les yeux. Il a le visage couvert de larmes. Son émotion: il a vu Haïti dans un songe. Mon Dieu! Il ne cesse de répéter. Rêver la tristesse est en général de mauvais augures.
 
 
Avec la main droite, il essuie la rigole de sueur qui coule sur son front. Il est toujours sous le choc de l'émotion. Dans son rêve Haïti fit son apparition dans un état défiguré. Habillée en lambeaux, le visage maculé de boue, les pieds nus, le corps squelettique. Bref, un être zombifié.
 
"Je suis chiffonnée, je suis avilie, et je suis fatiguée, tous mes cris de souffrance sont méprisés, et maintenant je cherche ma délivrance."
 
 
L'homme remémore les paroles d'Haïti dans le songe:
 
 
"Le tremblement de terre, ce n'était pas la fin du monde mais le catastrophe m'a secouée énormément. La terre a tremblé pendant quelques secondes. On dirait un dragon avec sa bouche en feu qui engloutissait la partie Sud de mon corps. J'ai perdu presqu'un demi-million de mes enfants ensevelis sous les décombres et des millions ont perdu leur demeure. Sinistrés, mes fils et filles ont dormi pendant des mois à la belle étoile. Ils sont encore des milliers sous les tentes."
 
 
L'homme réfléchit un moment. Il essaie de trouver une explication à son rêve. Son dialogue avec Haïti, est là, frais dans sa tête.
 
Si vous ne savez pas où vous aller, comment puis-je vous aider à trouver votre chemin, dit-il à Haïti dans le songe.
 
 
"Ca fait plus de 500 ans que j'erre et il m'est impossible de trouver ma destination," fut la réponse de son interlocuteur.
 
 
L'homme repasse la phrase dans sa tête et sans savoir pourquoi il s'est 'intéressé à connaître le reste de l'histoire. Il se rapproche d'Haïti et lui demande:" Vous aviez dû beaucoup souffrir pour être dans un tel état?
 
 
Timidement, elle sourit et une nouvelle fois l'homme aperçoit la beauté cachée derrière ses traits enlaidis: pauvre créature saccagée par les calamités de l'existence.
 
 
D'un air gêné, l'homme regarde son apparence: les pieds nus, le visage maculé de boue, les cheveux en désordre, le corps squelettique recouvert de plaies infectées, des vêtements en lambeaux, des marques de fouet sur tout le corps. Mon Dieu! Qu’est-ce qui est arrivé à cette dame pour qu'elle soit si défigurée?
 
 
L'homme prend son souffle pour continuer le récit. En effet, son dialogue avec Haïti donne une émotion immense à sa personne. Pour répondre à sa question, une voix douce, aimable, et caressante s'élève:
 
 
" Ne me blâme pas jeune homme. Sache que je ne suis pas née dans cet état. La nature m'a gratifiée le jour de ma naissance d'une beauté extraordinaire. On m'appelait à l'époque la Perle des Antilles. J'étais coquette, charmante, et envoûtante. J'étais un joyau aux yeux de tous ceux qui m'approchaient. J'étais tellement riche que je faisais l'envie de toutes les autres femmes de la région. Les enfants nés de mon premier mariage: Marien, Magua, Maguana, Xaragua et Higuey me chérissaient. Ils me dorlotaient. J'étais comme une déesse. Le monde entier s'agenouillait à mes pieds.
 
 
1492, commence mon malheur. Violée tour à tour par les Espagnols, les Anglais, et les Français, je perds une grande partie de mon charme. J'ai vécu en silence la décimation de mes enfants à peaux cuivrées. L'espagne a pillé et emporté toutes mes richesses. Depuis lors, je tombe dans la servitude. Je n'ai personne à qui partager ma souffrance, ma solitude et mon désespoir. Mes yeux se remplissent de larmes, mes entrailles frémissent, sans pitié ces pillards saccagent ma demeure, exploitent avidement mon sous-sol et finalement on me vend à la France . La nature m'a mise à leur merci, je ne puis plus tenir! C'est pour cela journellement je pleure car il est loin de moi ma prospérité d'antan. Je suis vulnérable. Plié comme un roseau, je lamente; l'ennemi est trop fort.
 
 
Ma peau devient déshydratée à cause des ardeurs de la faim. J'essouffle sous un soleil ardent, et on me donne du vinaigre pour apaiser ma soif. Oui, mes ennemis me donnent la chasse comme à un animal sauvage. Ils réduisent ma vie au silence dans la fosse, et ils ne cessent de me lancer des pierres. Ils foulent ma tête sous les talons de leurs bottes et ils me crachent au visage juste pour montrer leur mépris à mon endroit.
 
Je crie: "Au secours"! Personne n’entend ma voix. Je vois mes enfants appelés “boat people” périr en mer; leurs corps décomposés sont dévorés avidement par des requins. Je vois les périphéries de certains sur la terre dominicaine. Ils sont humiliés, déportés, et pire encore lâchement assassinées par des gringos sauvages…
 

 

Sur la terre natale, je vois tristement les enfants qui sortent de mes entrailles s’entredéchirer car incapable de s’entendre. Je vois la misère, la désolation, le deuil dans ma famille. Partout est la souffrance, le désespoir. L’inconscience. Je regarde l’érosion qui emporte mes entrailles dans la mer. J’ai honte et pourtant j’aime trop mes enfants pour ne pas me suicider. Optimiste, je garde l’espoir qu'un jour, je verrai la délivrance pour mes enfants.

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Last modified ondimanche, 29 novembre 2015 07:23